L’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN) perdra une expérience précieuse à la suite de la décision de cesser la collaboration avec les scientifiques russes, estime Günther Dissertori, recteur de l’École polytechnique fédérale de Zurich (ETH Zurich) et physicien du CERN.
“Je pense que les ponts scientifiques devraient être les derniers à être brûlés dans les conflits géopolitiques. Le langage scientifique est universel, il ne change pas lorsque l’on traverse les frontières nationales. C’est pourquoi, à mon avis, ces ponts devraient être brûlés le plus tard possible, voire pas du tout”, a-t-il indiqué dans une interview à la chaîne suisse SRF. “Beaucoup de savoir-faire sera perdu. Il existe de nombreux scientifiques russes, dont certains travaillent au CERN à Genève depuis de nombreuses années. […] Ils sont très activement impliqués dans de nombreux domaines de recherche. Le CERN doit encore faire face à cette perte.”
Günther Dissertori a qualifié également de “bonne mesure d’accorder un traitement spécial” à l’Institut unifié de recherches nucléaires à Doubna, dans la région de Moscou.
Le CERN a précédemment annoncé cesser sa coopération avec les quelque 500 chercheurs liés à la Russie le 30 novembre. Mikhaïl Kovaltchouk, le président du centre de recherche Institut Kourtchatov, a noté en commentant cette décision que 80% des scientifiques russes concernés travaillaient dans ce centre. Seulement 25 à 30 scientifiques travaillaient en permanence au CERN, alors que les autres venaient pour réaliser certains travaux. Il a également rappelé que la Russie avait financé des projets scientifiques européens internationaux, auxquels elle participe, à hauteur de 2 milliards d’euros.
La revue Nature a annoncé le 20 septembre que le CERN, connu notamment pour être l’opérateur du Grand collisionneur de hadrons (LHC) en Suisse, refuserait à des centaines de scientifiques liés à des organisations russes l’accès à ses installations à partir de décembre 2024. Selon Nature, la décision concernant les scientifiques russes qui contribuent à des expériences indépendantes au LHC pourrait être douloureuse pour le CERN.
TASS